De la Valeur de la Grèce... et de la nôtre

Je ne suis pas helléniste, mais ne le sommes-nous pas tous à notre insu ? J’écris en tant que simple témoin impuissant devant le dysfonctionnement, la myopie, et la pensée à très court terme de notre époque. Que penser de l’imbécillité du discours ambiant imposé et globalisé par une finance inculte qui « valorise » Facebook à… 82 milliards d’euros… tenez-vous bien, presque un quart de la dette grecque ? On croit rêver… Encore faudrait-il s’entendre sur le montant de la dette grecque : 350 milliards d’euros avant qu’elle ne soit « restructurée »… Elle est donc restructurable… Alors allons-y, restructurons-la ensemble.

Faisons nos comptes : Combien « vaut » la Grèce ? -- en réalité bien entendu !  La réponse dépendra de votre interlocuteur. Mais « en gros » inconsciemment, nous savons tous ce que la Grèce « vaut ».

Dès le 7 ème siècle avant J.C., la Grèce grâce à ses puissantes cités commence à produire ce qu’on appellera le miracle grec et jette les bases de notre civilisation occidentale moderne. Au 5 ème siècle avant J.C., siècle dit de Péricles, nous lui devons la Démocratie, l’Université, l’Académie, la République. Bref, nous lui devons la politique, la gestion de la cité,  la rhétorique, la philosophie, la médecine, la physique, nos jeux olympiques, la Machine d’Anticythère (le tout premier ordinateur) et l’astronomie basée sur les mathématiques, etc.

Nous lui devons l’idée du Beau, ce qui en soi n’a pas de prix !

À la langue grecque, nous sommes redevables de nos langues modernes, mais encore plus, de notre pensée, de nos paradigmes, de notre architecture, de nos plus beaux édifices physiques et métaphysiques, d’Euclyde et du nombre d’or, de Phidias et de Praxitèle, de notre Renaissance rendue possible par la chute de Constantinople en 1453, introduisant le savoir grec via l’Italie et nous faisant accoucher de notre modernité. Sans cette possibilité, combien de siècles aurait duré notre sommeil moyenâgeux ?

Principalement, nous devons à la Grèce antique le logos , notre capacité de raisonner, ce qui donna naissance à toute notre civilisation. Elle nous a donné entre autres génies, Thalès et Archimède, Parménide, Socrate, Platon, Aristote, Euclide, Pythagore, Hippocrate, Galien, Pyrrhon, Démocrite, etc. Tous mettent la raison en avant, la science, l’idée du concept libérant l’homme de la superstition, lui permettant de poser les principes et les causes de toute chose, l’induction et la déduction. Elle nous a fait cadeau de nos plus grands mythes, des archétypes de l’humanité avec l’Iliade et l’Odyssée, des plus grandes tragédies, et de la conscience de la persona . Elle nous a légué l’idée de la culture et le sens de l’Histoire. Bref, nous parlons tous grec, rêvons en grec et pensons grec sans le savoir. Nous sommes grecs car le verbe être est né avec la Grèce qui fut à l’époque la seule civilisation capable de cette possibilité linguistique et métaphysique d’engendrer un verbe Être .

Comment chiffrer nos connaissances actuelles à l’aune de l’héritage grec ? Sans la Grèce, pas de Léonard de Vinci possible, pas l’espoir de Galilée, de Copernic, pas de Descartes, Pascal, Kant, pas d’Aufklärung, d’ Enlightenment , de Siècle des Lumières, pas de révolution industrielle, pas de XX ème siècle. Pas de « nous ».

De quel chef-d’œuvre aura accouché la finance du XXI ème siècle ? Comment oser parler de « faillite » de la Grèce ? Qui veut faire payer aux 10 millions de Grecs  actuels quelle dette ? Le terme « finance » signifie depuis le Moyen-Âge, mener une action à sa fin, en finir en payant une rançon. Qui se prétend légitime d’exiger une rançon pour « en finir » avec la Grèce ?

Rendons plutôt aux Grecs ce que nous leur devons, collectivement, payons notre dû. Dans « payer » du latin pacare, il y a « apaiser ». Pensons long terme. Laissons aux économistes le soin de restructurer les échéances des centaines de milliards d’euros actuels sur une échelle disons… allez, soyons magnanimes, de 2500 ans, et d’en calculer les intérêts, dans tous les sens du terme.

Échelonnons ce remboursement. Désormais, que chaque chapiteau dorique, corinthien, ionique au monde se manifeste, que chaque Venus et Apollon soit restitué. Il nous incombe à tous de rembourser la Grèce en royalties -- ne serait-ce que pour l’utilisation de chaque morphème grec donnant son sens à l’anglais, au français, l’allemand, l’italien, l’espagnol, le portuguais, le roumain, etc… Ce patrimoine immatériel de l’humanité, utilisé à chaque seconde dans le monde, et avec lequel nous faisons du commerce…  tiens d’ailleurs… en ce moment même…

Nous « sommes » parce que la Grèce nous a inventés. Nous lui avons tout emprunté . Qui est le créancier, qui est le débiteur ?  Est-ce estimable  ? Soyons crédibles, logiques, faisons appel à la raison, au logos . Soyons raisonnables , au sens étymologique du terme, cela va sans dire. Réglons nos comptes en effet et remboursons tous nos intérêts. Question d’honneur oblige, philotimo .

Nathalie Monsaint-Baudry,  18 mai 2012

 

Nathalie Monsaint-Baudry, essayiste, est l’auteure de : Être Française et Américaine, cristallisations culturelles


 

 

Oui je sais mais pourtant...

Il y a un non-dit  colossal au sujet de la Grèce. Collectivement, nous refusons de ponctionner nos finances pour renflouer celles d'un peuple qui depuis 30 ans n'a pas été capable de se montrer responsable de la conduite et de la gestion de son pays. Nous leur en voulons à juste titre. Et en même temps, je dirais et pourtant, une forme de nausée, un haut-le-cœur,  une mauvaise conscience nous envahit... La Grèce tout de même.. l'ambivalence  nous anime, sanctionner la Gréce, quelque part c'est s'attaquer à l'idée de la Grèce, aux Dieux du Parthénon,  à Socrate, Platon, Aristote... À quatre des merveilles du monde... Aux cyclopes, aux sirènes... Cela fait frémir inconsciemment. C'est plus grand que nous, ça nous dépasse ! Ça ne peut que mal finir tout cela non ? De charybde en scylla...

Je ne suis pas helléniste, mais ne le sommes-nous pas tous à notre insu ? J’écris en tant que simple témoin impuissant devant le dysfonctionnement, la myopie, et la pensée à très court terme de notre époque. Que penser de l’imbécillité du discours ambiant imposé et globalisé par une finance inculte qui a cru « valoriser » Facebook à… 82 milliards d’euros… tenez-vous bien, presque un quart de la dette grecque ? On croit rêver… et on connaît la suite.

Encore faudrait-il s’entendre sur le montant de la dette grecque : 350 milliards d’euros avant qu’elle ne soit « restructurée »… Elle est donc restructurable… Alors allons-y, restructurons-la ensemble.

Faisons nos comptes : Combien « vaut » la Grèce ? -- en réalité bien entendu !  La réponse dépendra de votre interlocuteur. Mais « en gros » inconsciemment, nous savons tous ce que la Grèce « vaut ».

Dès le 7 ème siècle avant J.C., la Grèce grâce à ses puissantes cités commence à produire ce qu’on appellera le miracle grec et jette les bases de notre civilisation occidentale moderne. Au 5 ème siècle avant J.C., siècle dit de Péricles, nous lui devons la Démocratie, l’Université, l’Académie, la République. Bref, nous lui devons la politique, la gestion de la cité,  la rhétorique, la philosophie, la médecine, la physique, nos jeux olympiques, la Machine d’Anticythère (le tout premier ordinateur) et l’astronomie basée sur les mathématiques, etc.

Nous lui devons l’idée du Beau, ce qui en soi n’a pas de prix !

À la langue grecque, nous sommes redevables de nos langues modernes, mais encore plus, de notre pensée, de nos paradigmes, de notre architecture, de nos plus beaux édifices physiques et métaphysiques, d’Euclyde et du nombre d’or, de Phidias et de Praxitèle, de notre Renaissance rendue possible par la chute de Constantinople en 1453, introduisant le savoir grec via l’Italie et nous faisant  accoucher de notre modernité. Sans cette  possibilité, combien de siècles aurait duré notre sommeil moyenâgeux ?

Principalement, nous devons à la Grèce antique le logos , notre capacité de raisonner, ce qui donna naissance à toute notre civilisation. Elle nous a donné entre autres génies, Thalès et Archimède, Parménide, Socrate, Platon, Aristote, Euclide, Pythagore, Hippocrate, Galien, Pyrrhon, Démocrite, etc. Tous mettent la raison en avant, la science, l’idée du concept libérant l’homme de la superstition, lui permettant de poser les principes et les causes de toute chose, l’induction et la déduction. Elle nous a fait cadeau de nos plus grands mythes, des archétypes de l’humanité avec l’Iliade et l’Odyssée, des plus grandes tragédies, et de la conscience de la persona. Elle nous a légué l’idée

de la culture et le sens de l’Histoire. Bref, nous parlons tous grec, rêvons en  grec et pensons grec sans le savoir. Nous sommes grecs car le verbe être est né  avec la Grèce qui fut à l’époque la seule civilisation capable de cette  possibilité linguistique et métaphysique d’engendrer un verbe Être.  

Comment chiffrer nos connaissances actuelles à l’aune de l’héritage grec ? Sans la Grèce, pas de Léonard de Vinci possible, pas l’espoir de Galilée, de Copernic, pas de Descartes, Pascal, Kant, pas d’Aufklärung, d’ Enlightenment, de Siècle des Lumières, pas de révolution industrielle, pas de XX ème siècle. Pas de « nous ».

De quel chef-d’œuvre aura accouché la finance du XXI ème siècle ? Comment oser parler de « faillite » de la Grèce ? Qui veut faire payer aux 10 millions de Grecs  actuels quelle dette ? Le terme « finance » signifie depuis le Moyen-Âge, mener une action à sa fin, en finir en payant une rançon. Qui se prétend légitime d’exiger une rançon pour « en finir » avec la Grèce ?

Oui personne n'a les moyens, certes, mais la Grèce tout de même, ne nous-a-t-elle pas  hissés au moins au rang de demi-dieux!  

Rendons plutôt aux Grecs ce que nous leur devons, collectivement, payons notre dû. Dans « payer » du latin pacare, il y a « apaiser ». Pensons long terme. Laissons aux économistes le soin de restructurer les échéances des centaines de milliards d’euros actuels sur une échelle disons… allez, soyons magnanimes, de 2500 ans, et d’en calculer les intérêts, dans tous les sens du terme.  

Échelonnons ce remboursement. Désormais, que chaque chapiteau dorique, corinthien, ionique au monde se manifeste, que chaque Venus et Apollon soit restitué. Il nous incombe à tous de rembourser la Grèce en royalties -- ne serait-ce que pour l’utilisation de chaque morphème grec donnant son sens à l’anglais, au français, l’allemand, l’italien, l’espagnol, le portuguais, le roumain, etc… Ce patrimoine immatériel de l’humanité, utilisé à chaque seconde dans le monde, et avec lequel nous faisons du commerce…  tiens d’ailleurs… en ce moment même…  

Nous « sommes » parce que la Grèce nous a inventés. Nous lui avons tout emprunté. Qui est le créancier, qui est le débiteur ?  Est-ce estimable  ? Soyons crédibles, logiques, faisons appel à la raison, au logos. Soyons raisonnables,  au sens étymologique du terme, cela va sans dire. Réglons nos comptes en effet et remboursons tous nos intérêts. Question d’honneur oblige, philotimo .

 

Nathalie Monsaint-Baudry,  18 mai 2012  

Nathalie Monsaint-Baudry, essayiste, est l’auteure de : Être Française et

Américaine, cristallisations culturelles