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12. avr., 2012

L'Express Vignettes/Presse


12 avril 2012

23. mars, 2012

 

Bon courage ou enjoy ?

En Amérique, il est très rare d’entendre les gens se plaindre. De retour en France, c’est le rituel du “Bon courage !” qui interpelle quotidiennement. Expression pour le moins surprenante. De quel courage parlons-nous ? Je n’allais pas au front à la guerre que je sache ! L’équivalent américain dans le même contexte étant : Enjoy ! ou bien Have a good one, c’est-à-dire, prenez du plaisir à ce que vous allez faire. Question de perspective.

Un Français d’Amérique s'auto-censure. Bien placé pour le savoir, il ne lui viendrait pas à l'esprit de souhaiter à l'employé du supermarché good luck... Indicible, intraduisible. Good luck for what ? Do I look that bad ?

À force de nous miner le moral avec des je te l’avais bien dit ! Comme par hasard ! C’était mal parti. On n’est pas rendus. De toutes façons... fallait s’en douter. C’eût été étonnant. Fallait que ça tombe (encore) sur nous. Au train où vont les choses. Comme d’habitude. Pour qui tu te prends d'abord ? C’est toujours la même chose. Il l’a pas volé. C’est pas à nous que ça arriverait. Comme de bien entendu. De toute façon, faut pas se faire d’illusion. Comme il se doit. J’aurais dû le savoir. C’était tout vu d’avance. J’aurais dû me méfier. Et encore, c'est que l'début ! Je crains le pire... Comment ne pas déprimer avec une langue qui déprime « à elle toute seule » ? Chaque phrase est ponctuée de locutions laissant un goût d’amertume, de regret, de ronchonnerie, de rabat-joie, vous en savez quelque chose, non ? Quoiqu’on dise, quoiqu’on fasse. Ne m'en parlez pas... c'est surtout pas à moi qu'il faut dire ça !

C’est une malédiction. Vestiges des anciens dieux romains ? Païens ? Superstitions ? Paysannerie, famines, disettes, fatum ? Sapir et Whorf déjà... qui de l'œuf ou de la poule ? Infusion de notre culture et de la langue... Personne n’y échappe. Que voulez-vous que je vous dise !  Que voulez-vous que j'y fasse ? Y-a pas moyen de s’en sortir. Je vous l’avais bien dit ! Dans quoi vous vous êtes lancés encore ? Et encore, ça n'est que le début ! Vous allez voir ce que vous allez voir ! Vous n’êtes pas au bout de vos surprises... Le pire reste à venir... Et encore, je ne vous dis pas tout !

N'ayez crainte ! Un Français pourrait tenir une conversation à flux tendu, jouant sur une large gamme de small talk, faut pas se faire d'illusions, scandant des heures de malédiction, de mauvais sort, de poisse, maudissant le beau temps qu'on va finir par payer, parce que ça pouvait pas durer, que c'était trop beau, qu'est-ce-que tu crois ! Fallait s'y attendre non ? Ainsi, sommes-nous linguistiquement copieusement abreuvés de : c’est pas possible, à quoi bon ! t’avais qu'à pas… t’étais prévenu d’avance et d'abord t'aurais dû le savoir. Nous avertissant que c’est pas demain la veille que ça va changer... d'abord, ça se saurait ! Depuis le temps ! On ne va pas se refaire ! Il manquerait plus que ça...

 

Comment ne pas voir tout en noir avec une telle langue ? Et si nous décidions collectivement d’éliminer la plainte de notre lexique ? Essayez, ne serait-ce que sur quelques heures, de les recenser... Prêtez-vous au jeu. Au point où nous en sommes ! Nous ne sommes plus à cela près... Tout se passe comme si les mots étaient plus forts que le locuteur qui les utilise et qui tombe dans le piège de la langue. Une expression en appelle une autre... De toute façon, foutu pour foutu ! Pendant qu'on y est, allons-y gaiement... C’est pas surprenant qu’avec une langue pareille, on soit toujours à geindre. Le français serait-il vraiment une langue déprimante ? Rendant le sujet irresponsable de la phrase, comme affligé d’une poisse permanente qui aurait comme conséquence directe de faire déprimer le Français ? Mais alors, quid des Québécois et des Belges ?

 

Là où l'anglais dira : I am not going to lose sleep over this, le français/Français optera pour : ça va pas m'empêcher de dormir. Qui est le sujet du verbe ? Qui fait quoi ? C’est plus fort que nous... really?

Si c’est de la faute de la langue, déclarons alors une guerre quotidienne à nos expressions dépressives. Reprenons-nous, il est grand temps ! Choisissons la voie active, fuyons le passif, préférons le temps de la certitude, l'indicatif présent, voire l'impératif, décidons qu’aujourd’hui sera une bonne journée ! Arrêtons la plainte collective, embrassons la certitude. Mettons un stop à ce sport national... Vous êtes prévenus maintenant, faudra pas venir vous plaindre, y'a pas d’raison d’abord...

 

Nathalie Monsaint-Baudry

Être Française et Américaine, l'interculturalité vécue

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Mais Bon, Essai sur la mentalité française, en cours d'écriture et téléchargeable gratuitement depuis :

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17. mars, 2012
Une vignette en noir et blanc sur The Artist

Au pays binaire du paper or plastic, du cash or credit, du digital thinking, du decision tree, des yes or no answers, l’hommage français -- en noir et blanc -- rendu au cinéma américain, renvoie les Américains vers leurs nuances de gris inexplorées, leurs territoires en friche, comme Jacques Tourneur en son temps. À son retour aux États-Unis, Edward Hopper ne mit-il pas dix ans pour se remettre des couleurs françaises et pour se remettre à peindre avec sa propre palette : "America seemed awfully crude and raw when I got back. It took me ten years to get over Europe." (Edward Hopper: The Paris Years)
La culture américaine, digitale, tranchée, manichéenne, black and white, entretient un rapport complexe avec notre flou, notre fragilité, notre vulnérabilité, notre féminité. Peut-être est-ce là la prouesse de The Artist, que de rappeler aux Américains qu’en utilisant leur propre language, on peut ciseler un monde d’émotions tout en nuances dans un camaïeu de gris. Ce film muet n’a pas fini de nous parler et de faire parler.